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Pétrole : un mouvement de baisse durable ?
information fournie par Boursorama 10/05/2017 à 09:50

Les cours du Brent ont perdu plus de 13% en un mois. (crédit : edward stojakovic)

Les cours du Brent ont perdu plus de 13% en un mois. (crédit : edward stojakovic)

Après un court rebond durant la journée du 5 mai, le baril de Brent est reparti à la baisse aujourd’hui, évoluant sous les 50 dollars. En un mois la chute du brut dépasse les 13%.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce repli marqué à court terme. Pour Mabrouk Chetouane, responsable de la recherche et de la stratégie de BTF IM, on assiste notamment à une «accélération du mouvement de consolidation qui avait déjà commencé sur le prix du fer et de l’énergie, dont le pétrole».

En cause notamment, les incertitudes sur l’économie chinoise avec la baisse de l’indice PMI à 51,2 en avril contre 51,8 en mars, et les récentes mesures de réduction de crédit.

Les hedge funds pris à contrepied

Il y a aussi une raison plus technique à ce soubresaut comme l’indique Benoît Hélin, analyste-gérant matières premières chez SMA Gestion : «L’Opep a du mal à atteindre son objectif de réduction des stocks comme le prouvent les chiffres parus en mars et avril. L’offre reste abondante et les stocks, notamment américains, élevés. Or, depuis les annonces de réduction de la production faites fin novembre 2016 par l’organisation, les acteurs financiers, notamment les hedge funds avaient misé sur un scénario de hausse du prix du baril en prenant des positions acheteuses. Or cette anticipation ne s’est pas réalisée et ils sont obligés de déboucler leurs positions d’où l’accélération de la baisse visible ces derniers jours. Elle peut se poursuivre si le débouclage des positions se prolonge».

A terme, les opérateurs ont les yeux rivés sur la date du 25 mai, date du prochain meeting de l’Opep. Pour rappel, les pays de l’organisation ainsi que 11 autres acteurs, dont la Russie mais sans les Etats-Unis, avait signé fin 2016 un accord pour réduire leur production de 1,8 million de barils par jour. Toute la question est de savoir si cet accord, qui arrive à terme fin juin, sera prolongé, voire approfondi, sur la seconde partie de l’année. Selon Bloomberg, le ministre saoudien de l’Energie s’est d’ailleurs récemment déclaré «plutôt confiant que l'accord [serait] prolongé sur la deuxième moitié de l'année et probablement au-delà».

La marge de manoeuvre limitée de l'Arabie saoudite

Mais il est peu probable que l’organisation frappe plus fort, même si l'effet enregistré par cet accord est plus que mitigé, tant sur les stocks que sur les prix. De fait, l’Arabie saoudite, principal membre de l’organisation, marche sur un fil. Arrêter la réduction de production ferait retomber les prix du brut, ce qui commence à faire sérieusement faire souffrir les finances du royaume. Accentuer le mouvement ferait remonter les cours mais profiterait rapidement aux producteurs américains de pétrole de schiste.

Car d’une certaine façon, ce sont peut-être bien les Etats-Unis les maîtres du jeu désormais. Ils se sont tenus à l’écart de l’accord et ont continué à produire intensivement. «Le pouvoir de fixation des prix des producteurs américains est plus marqué qu’avant. Ils ont complètement modifié la donne de ce marché. L’arrêt d’un puit en Arabie saoudite prend plusieurs mois alors qu’il ne faut que très peu de temps pour réactiver une station de forage aux Etats-Unis. Les Américains peuvent se montrer réactifs et ramener très vite du pétrole sur le marché. De plus, les producteurs de pétrole de schiste américains ont effectué des gains de productivité significatifs, ils ont divisé par deux leurs coûts de production avec un seuil de rentabilité qui est passé d’environ 70 dollars en 2013 à près de 40 dollars fin 2016», explique Mabrouk Chetouane.

Un prix entre 45 et 55 dollars qui fait consensus

Il suffirait donc à la station-service US d’ouvrir à fond les vannes pour faire baisser durablement les prix. Et Donald Trump ne déclarait-il pas récemment qu’il «voulait l’indépendance énergétique des Etats-Unis» tout en pestant sur l’excès des réglementations environnementales qui entravaient l’activité des producteurs américains… Un tel mouvement est-il à redouter ?

Probablement pas. L'Arabie saoudite a déjà tenté de tuer la concurrence en faisant baisser les prix. Un combat qu'elle a fini par perdre et qui a de plus déstabilisé l'économie mondiale. Pour Mabrouk Chetouane, «il s’agit plus d’un phénomène d’apprentissage par la pratique. Si à court terme, on pourrait percer le plancher des 40 dollars le baril, aucun des acteurs n’a intérêt à un mouvement structurel de chute des prix. Les différents intervenants du marché ont pu voir les dégâts occasionnés par une baisse brutale des cours du brut. Aujourd’hui, tout le monde a intérêt à maintenir le baril de brut entre 45 et 55 dollars ». Y compris les producteurs de pétrole de schiste dont le seuil de rentabilité tourne autour de 40-45 dollars le baril.

Même son de cloche pour Alain Zeitouni, directeur de la Gestion multi-actifs de Russell Investments : «Un prix de 45-55 dollars le baril, c’est le meilleur des mondes. 30 dollars, c’est trop peu, c’est très défavorable pour certains producteurs comme la Russie et ça pénalise les pays émergents. Je ne crois pas à une poursuite de la baisse. A terme, un rebond des cours n’est même pas à exclure. Il peut être intéressant pour l’investisseur de se placer sur un ETF Commodities avant la réunion du 25 mai».

Un seuil de 60 dollars difficile à dépasser à court terme

Un rebond qui semble toutefois condamné à être limité dans son ampleur. « A court terme, il est difficile de voir un rebond fort et durable du pétrole, prévient Benoït Hélin. On peut certes imaginer qu’après la baisse récente, certains acteurs reprennent des positions longues acheteuses faisant repartir le prix du brut à la hausse. Mais à moyen long terme et sauf risque exogène (ndlr : conflit au Moyen Orient par exemple), il est difficile de voir le baril dépasser les 60 dollars.»

Laurent Grassin (redaction@boursorama.fr)

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